Archive pour la catégorie ‘Brune a lu… et entendu !’

“Lettre à Joséphine”, recueil de fables des îles de Jean-Marc Wollscheid

Lundi 21 décembre 2009

1630432-2193134Recueil de 12 fables délicieusement exotiques et chantantes du coup de coeur 2009 d’Alzabane éditions, dont c’est le premier ouvrage : “lettres à Joséphine”, de Jean-Marc Wollscheid.

Elles sont douze et chantent aussi joliment que les colibris de Martinique….

Regroupées dans le recueil “Lettre à Joséphine” (sous titré “Fables des Iles”), paru ce 3 octobre 2009 au sein de la nouvelle collection “Histoires d’en penser”, ces douze fables venues de Martinique sonnent en effet comme une mélodieuse musique de mots et de vers à la Jean de La Fontaine. Du “Serrurier de Terreville”, au “Coq au Pitt” en passant à la si tendre et si drôle “Man Francine”, ces poèmes se composent autant de chaleur, que de douceur et se tintent autant de malice que de gaieté.

Par la magie de ses rîmes, Jean-Marc Wollscheid nous entraine dans un monde où toutes les rencontres, les plus improbables, deviennent possibles : une grenouille et Esnambuc Le Flibustier, un taureau jaloux d’un boeuf, un moine qui faisait un vin, un héron qui voulait traverser la mer sur le dos d’une tortue…

Ode à Joséphine de Beauharnais

Le poète sait aussi chanter l’amour par cette ode si émouvante, qui donne le titre du recueil Lettre à Joséphine, où Alexandre de Beauharnais, premier mari de Joséphine, ecrit une dernière lettre à sa bien aimée…

Bien qu’il ne signe là que son second ouvrage (un troisième est d’ores et déjà en préparation), Jean-Marc Wollscheid nous offre donc un coup de maître qui devrait avoir une suite dans le courant 2010. Originaire de Moselle, né en 1964, Jean-Marc Wollscheid vit en Martinique depuis près de 10 ans, une île pour laquelle cet ancien animateur de radio a connu un véritable coup de coeur…


Au secours, le prof est noir ! (Enquête sur le racisme dans l’Education nationale)

Mercredi 16 décembre 2009

Qu’ils soient  originaires d’Afrique ou des Antilles, les professeurs de la diaspora sont de plus en plus nombreux au sein de l’Education nationale française. Et leur présence ne suscite pas toujours des cris de joie ! Dans ce monde pourtant réputé ouvert  et tolérant, les vexations racistes sont légion, autant de la part de leurs collègues que des élèves.

Serge Bilé, journaliste ivoirien basé en Martinique et qui s’acharne à débusquer les travers de la société française en dénonçant les préjugés et les injustices, a mené une excellente enquête dont certains exemples sont effarants ! Difficile apparemment d’être noir et d’enseigner à des blancs, mais aussi à d’autres noirs. Les préjugés, les stéréotypes,” le complexez du colonisé” comme l’appellent les deux auteurs, ont la vie dure.

“Au secours, le prof est noir ! Enquête sur le racisme dans l’Education nationale”, de Serge Bilé et Mathieu Méranville, éd Pascal Galodé

Jockey, noir et célèbre, mon père cet inconnu

Mercredi 16 décembre 2009

A la fin du XIXe sièce, aux Etats-Unis, James Winkfield était un jockey adulé, une vraie vedette des champs de course. Un parcours des plus éclatant pour ce jockey noir, né dans une famille pauvre du Kentucky. Quand la seconde guerre mondiale éclate, James Winkfield se retrouve en France et d’une liaison naît Nelly Davies, l’auteure du livre. Enfant, elle ressent son statut de file de star tous les jours au “village”, royaume es galopeurs où elle grandit et qui s’étend à l’époque entre la Seine et la forêt de Fontainebleau. Métisse, montrée comme “bâtarde” par les mauvaises langues, Nelly Davies vit aussi des moments douloureux à l’ombre de ce père qu’elle n’a rencontré pour la première fois qu’à l’âge de 13 ans, pour le perdre à nouveau…

“Jockey, noir et célèbre. Mon père, cet inconnu” de Nelly Davies, éd du Rocher

Bravo Marie N’Diaye !

Lundi 2 novembre 2009

Nous en parlions tant des las pages de Brune, le mag, que sur ce blog et visiblement, nous n’étions pas les seuls à reconnaître dans le dernier livre de Marie N’Diaye (Trois Femmes puissantes), tous les ingrédients d’un grand roman. (voir le blog, rubrique Brune a lu, en date du 4 octobre)

Et c’est ainsi qu’alors que très peu de femmes ont reçu ce prix considéré comme le plus prestigieux de France, la romancière Franco-Sénégalaise a été distinguée aujourd’hui par le jury du Prix Goncourt.

Gageons que cette distinction lui donnera des ailes et que ses prochains romans n’en seront que plus étonnants.

Bravo, Marie N’Diaye !

Manga à la sauce antillaise !

Jeudi 29 octobre 2009

Un manga sur l’immigration et le sentiment xénophobe, c’est l’ouvrage que signent Hector Poullet (traducteur, entre autres, d’Astérix en créole) et Elodie Koeger chez Caraïbe Edition. Dans ce premier volet d’une trilogie (le deuxième est à paraître en juin 2010), la jeune Dionine est confrontée à l’immigration haïtienne clandestine et au rejet que celle-ci peut parfois susciter chez certains. Son jeune âge fait qu’elle utilisera son sentiment de révolte face à la situation de ce jeune Haïtien, réfugié dans le jardin de ses parents, pour chercher des solutions, (notamment auprès de son jeune ami douanier et originaire de la Bretagne).

Excellente bande dessinée sur la xénophobie qui existe malheureusement aussi dans la Caraïbe française, Les îles sous le vent est un livre intelligent et universel qu’il est urgent, en cette période de fêtes, d’offrir à nos ados !

Les îles sous le vent, Hector Poullet et Elodie Koeger. Caraibe éditions.192p. www.caraibeditions.fr

Les Iles sous le vent

L’Etoile du matin d’André Schwarz-Bart, Seuil, 248 p., 17 €.

Dimanche 25 octobre 2009

Comme un point final à son inlassable quête de sens André Scharwz-Bart mettra un point final à « L’Etoile du matin », ouvrage qu’il aura maintes fois tenté d’écrire après « La Mulâtresse Solitude », à quelques jours de la mort.

Dans ce texte qui raconte l’histoire de Haïm, petit juif de Podhoretz, dont la survie aux pogroms, au ghetto de Varsovie et à Auschwitz, dépend de sa capacité à jouer de la flûte, la musique est omniprésente, « phrases musicales qui se déroulent sur une certaine portée que l’on appelle destin, mais que l’on pourrait appeler clé de fa, de sol, de mi bémol majeur »dit l’auteur en faisant allusion au martyre et à l’humiliation. Pour André Scharwz-Bart en effet « Tout est musique, même l’innommé, même l’innommable.” Durant ses années guadeloupéennes et devant l’incompréhension suscitée par la publication de « La Mulâtresse Solitude », l’auteur en arrivera à la conclusion que : ” Si je suis en mesure de respirer le parfum des Antilles, de l’apprécier, de le décrire au besoin, il m’est impossible de devenir moi-même parfum”. Pourtant sans son épouse, Simone Schwarz-Bart, co-auteur « La Mulâtresse Solitude », peut-être ce roman n’aurait-il jamais vu le jour. C’est ce petit mot, trouvé sur le bureau de son mari : “Mange pour moi, chante pour moi, vis pour moi après moi” qui en scellera le sort.

L’Etoile du matin est un roman sur l’espoir finalement, celui qui pousse un homme et une femme à créer la vie, même au bord du gouffre, même dans l’innommable.


Trois femmes puissantes, de Marie N’Diaye aux éditions Gallimard

Dimanche 4 octobre 2009

Les trois récits qui habitent son dernier roman racontent trois histoires de femmes “impuissantes” à changer le cours de leur destin et qui ne font pas d’effort gigantesque pour qu’il en soit autrement. Elles sont suffisamment puissantes et savamment fatalistes pour ne pas faire bouger les destins et les postures de leur entourage.

Elles, ce son Norah, Fanta et Khady Demba. Le décor : la France. La trame : la Vie.  Norah s’est faite toute seule, un job le jour pour payer des études, des nuits blanches à travailler son diplôme d’avocat. Elle élève son enfant et finance le foyer. Son père est resté en Afrique où elle a passé une partie de son enfance. Un jour elle part le retrouver, il lui demande de défendre son frère, Sony, emprisonné pour un crime dont il se clame innocent. Sony a eu l’indélicatesse d’engrosser l’épouse de son père, lequel a étranglé l’infidèle et laissé son fils s’accuser du meurtre.

L’existance de Fanta n’est pas un conte de fées. A Dakar, Fanta enseignait le français jusqu’à ce qu’elle suive Rudy, son compagnon, en France. L’eldorado d’une vie confortable sous des cieux tempérés tourne court. Rudy est en proie à des soliloques convulsifs. Il est un piètre commercial dans une entreprise qui vend des cuisines équipées. Il se dévalorise et essuie de plus en plus l’attitude méprisante et l’indifférence de Fanta. Ce qui ne lui offre aucune évolution possible. Pour ne rien arranger, la mère de Rudy, installée non loin de leur appartement, cultive l’existence des anges et pratique un puissant prosélytisme.

Khady Demba, quant à elle, sa vie paisible comme associée de son mari dans la gestion d’un  bistrot bascule lorsque celui-ci passe de vie à trépas. La vie devient alors pénible quand elle est obligée de partager la maison en mauvais état de sa belle-famille. Elle devient leur domestique presque muette, soliloquant elle aussi.  Sa belle-mère la met à la porte et Khady Demba n’a d’autre choix que l’exil. Elle débarque clandestinement en Europe, travaille comme domestique avec un ultime but : envoyer de l’argent au pays. L’heure de la délivrance n’est pas au rendez-vous. Celle de la souffrance, oui !

Après vingt-quatre ans d’écriture, Marie N’Diaye, qui a à son actif une douzaine de romans et d’essais, nous livre une fresque familiale avec des femmes fortes dans leur tête qui vivent des situations éprouvantes, où la monstruosité de certaines séquences est vite balayée par la description minutieuse des tourments des protagonistes, où le fatalisme ainsi mis à nu n’est pas soporifique.  Ce roman a la langue déliée et limpide est un véritable bijou, malgré la gravité des sujets abordés.

Aujourd’hui installée à Berlin Marie N’Diaye, née d’une mère française et d’un père sénégalais, a coutume de dire qu’elle est venue à l’écriture pour ne pas s’ennuyer. Ce qui explique son imagination généreuse pour accoucher des détails qui font les épices de ce roman.

Tom MORTAGNE

Trois femmes puissantes, Marie N'Diaye, éd Gallimard

Trois femmes puissantes, Marie N'Diaye, éd Gallimard

Goldee, Le moi de may, chez Aztec Musique

Vendredi 18 septembre 2009

« Le moi de may », dernier opus de la jeune martiniquaise Goldee. Porté sur des notes fraîches et cristallines, cet album se décline sur des airs assez inattendus de musiques éclectiques (soul, jazzy, dance hall…). On retiendra un duo avec E.sy Kennenga, étoile montante de la scène caribéenne hexagonale et un « Pointe des Nègres » à la fois nostalgique et endiablé ; bref un album à écouter (très) rapidement !

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Le roman d’un tricheur

Mercredi 2 septembre 2009

Dans l’édition datée de juillet/août 2009 de Ben, le supplément masculin de Brune, nous avions publié une interview d’Omar Ba, se déclarant sociologue sénégalais, à l’occasion de la sortie de son livre Je suis venu, j’ai vu, je n’y crois plus, paru en France aux éditions Max Milo. Un ouvrage qui prétendait s’appuyer sur une soi-disant expérience d’immigré clandestin pour ouvrir les yeux des jeunes africains qui rêvent d’Europe et leur montrer de nombreuses désillusions qu’ils n’imaginent même pas.

Parce que cet ouvrage se voulait à charge contre l’immigration clandestine et que son analyse nous a paru pertinente et juste, Ben s’en est fait l’écho. Mais Omar Ba a utilisé une stratégie honnie pour se vendre, celle du mensonge; car ce récit prétendument autobiographique n’avait rien de réel. Omar Ba a utilisé la compassion pour faire pleurer dans les chaumières et a menti sur sa trajectoire dans un but uniquement commercial. L’auteur a d’abord été démasqué par des journalistes sénégalais qui ont très tôt pointé du doigt certaines incohérences dans sa prétendue errance avant d’arriver en Europe. Puis c’est le quotidien français Le Monde qui a fourni d’autres détails sur cette supercherie. Déception totale !

« Rouj Bitume », François Gabourg, aux éditions Gabourg.com, 59p.

Lundi 24 août 2009

Avec cet album de ses dessins parus durant les événements du début de l’année en Martinique et en Guadeloupe, François Gabourg nous offre un regard différent, à la fois personnel et objectif, des conflits sociaux.

Avec beaucoup d’humour ses dessins nous offrent un fabuleux cadeau : la possibilité de rire de nous-mêmes…